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Combien vaut une vie ?

Les médicaments innovants destinés au traitement du cancer sont de plus en plus chers. Contrairement à d’autres Etats, la France fait le choix de prendre en charge le coût de tous les traitements jugés efficaces. Mais cette position restera-t-elle tenable à l’avenir ?

« Combien vaut une vie ? ». Si deux cancérologues américains ont récemment choisi de poser cette question dans les colonnes d’un grand journal médical, c’est qu’il est peut-être temps d’y réfléchir.

Dans cette tribune*, les docteurs Tojo et Grady citent l’exemple d'un anti-cancéreux qui peut être utilisé pour traiter les cancers du poumon « non à petites cellules » de stade avancé. Administré pendant 18 semaines, ce médicament permet de prolonger la vie des patients de 1,2 mois en moyenne. Toutefois, le traitement revient à 80 000 dollars (environ 56 000 euros). Plusieurs questions se posent alors : combien peut-on se permettre de dépenser pour un médicament innovant qui prolonge la survie de deux mois ? Quel prix les systèmes de santé nationaux sont-ils prêts à payer pour ces progrès thérapeutiques ?

Dans certains pays comme le Royaume-Uni, la réponse à ces questions se fonde sur le résultat d’une analyse du rapport coût / bénéfice du traitement. En d’autres termes, certains médicaments peuvent être jugés trop chers pour les bénéfices qu’ils apportent. Dans ce cas, ils ne sont pas pris en charge par le système de santé. En France, on se refuse à ce type d’analyse : tous les médicaments présentant un intérêt pour les patients sont accessibles et pris en charge par la collectivité (voir encadré). Mais, alors que le prix de l’innovation thérapeutique semble ne pas vouloir cesser de croître et que le coût moyen d’un traitement contre le cancer est déjà d’environ 50 000 euros par patient et par an, la position française ne risque-t-elle pas d’évoluer ?

Pour Noël Renaudin, président du Comité économique des produits de santé (CEPS voir encadré), la réponse est claire : il n'est pas question que la France revoit sa position de principe et adopte une politique de remboursement semblable à celle développée par des pays tels que le Royaume Uni. « Actuellement, la France peut payer. Toutefois, nous avons atteint un niveau de prix des médicaments innovants qu’il serait déraisonnable de dépasser. Si de nouvelles molécules plus efficaces sont découvertes, nous n’accepterons pas une nouvelle escalade des prix » précise Noël Renaudin.

Du côté de l’industrie pharmaceutique, le message a été entendu : « Le CEPS a déjà attiré l’attention des laboratoires sur les sommes demandées qui sont parfois incompatibles avec les finances de l’assurance maladie » explique Jean-Marie Langlois, directeur des études économiques et statistiques des Entreprises du médicament (LEEM). « Les médicaments innovants sont de plus en plus coûteux parce qu’ils sont de plus en plus difficiles à fabriquer et qu’ils s’adressent à des populations de patients de plus en plus petites. La question du refus de médicaments en raison d'un prix trop élevé ne s’est pas encore posée. Toutefois, nous finirons par buter sur ce problème » admet-il.

Faut-il alors s’attendre à un recul de l’innovation ? Pas selon Jean-Marie Langlois : « Les solutions sont à trouver au sein de chaque laboratoire. En développant des stratégies propres à chacune d'entre elles, en recentrant leurs activités sur des aires spécifiques, les entreprises du médicament peuvent réussir à mettre au point des nouveaux médicaments dont les prix resteront compatibles avec les ressources de notre système de santé ».

* Titi Fojo et Christine Grady, « Journal of the National Cancer Institut », édition en ligne du 29 juin 2009

Le parcours du médicament.
En France, un parcours bien codifié permet de décider quels sont les médicaments qui apportent un bénéfice thérapeutique avéré et qui seront en conséquence pris en charge par la collectivité. L’évaluation de l’efficacité, de la sécurité et de la qualité des médicaments est assurée par l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS). A l’issue de cette évaluation, l’Agence décide d’accorder ou non une autorisation de mise sur le marché du médicament (AMM). Le Comité de transparence de la Haute autorité de santé (HAS) va quant à lui rendre un avis sur le niveau de « service médical rendu » par le médicament. La décision de rembourser le médicament et son taux de remboursement sont ensuite décidés respectivement par le Ministère de la santé et par l’Union nationale des caisses d’assurance maladie. Le prix du médicament est quant à lui fixé par le Comité économique des produits de santé (CEPS). Il dépend de l’innovation apportée par la nouvelle molécule (en comparaison avec les produits existants), des prix des médicaments qui ont la même visée thérapeutique et des volumes de ventes prévus. Voir le schéma.
ARC